D’habitude, elle est plus prudente, mais là c’était une urgence, elle en avait absolument besoin pour le soir même. Ce dîner inopiné imposé par les relations contractuellement adaptées aux calendriers de son diplomate de mari lui laissait peu de temps à l’élaboration subtile habituelle du menu. Encore heureux qu’il ait pu la prévenir la veille et qu’ils se trouvaient géographiquement assez proche de la galerie.
C’est donc aux aurores qu’elle s’était levée, ayant fait un rapide tour d’horizon des stocks avant de se coucher et ayant noté l’absence de tout produit frais, pour aller trouver dans ce labyrinthe aux parcours pré-enregistrés par les habitudes, de quoi pourvoir aux appétits des invités de son mari.
Tout juste avait-elle eu les grades probables, et un nombre potentiel. Il faudra qu’elle s’en contente et faire au mieux. En moins d’une heure, elle avait parcouru les trois quarts des artères, se fournissant au mieux, tentant d’allier les trouvailles entre elles. Il lui restait l’élément de liaison, celui qui ferait sens au déroulé même du dîner.
Elle se précipita dans la seule échoppe dans laquelle elle savait pouvoir trouver ce qui lui manquait, en trouva et repartit à son véhicule. Dans le coffre, tentant d’arranger au mieux toutes les denrées, c’est là qu’elle pensa enfin à vérifier les dates de péremption.
Hélas, c’est l’élément de liaison qui fut fatalement hors-date et menaçait donc l’entièreté de l’organisation. Comment, effectivement, préparer tout un menu sans mots frais ? Faire sans cette denrée-là était extrêmement périlleux. Allait-elle oser leur servir ceux-là tout le long du dîner au risque de les empoisonner ? Et comment les cuisiner pour qu’ils ne s’en aperçoivent pas ?
