
Le plus souvent possible, quand son corps le lui permettait, elle se levait de très bonne heure. Là, les restes de nuit lui offraient à coups sûrs un peu de répit avant que tout le cirque se remette en branle. Là, elle pouvait respirer, péniblement, en ingurgitant quelques gorgées d’un liquide noir sucré, plus ou moins selon l’état d’une autre de ses addictions.
Il lui aura fallu attendre son vingt-cinquième anniversaire pour qu’elle puisse, à crédit, s’offrir son premier ordinateur. Elle mettra plus de cinq ans à payer les traites. Mais le nombre apparemment infini de possibilités que lui offrait cet instrument les valaient largement. Elle avait encore assez d’énergie pour changer de travail tout en allant au bout de cette condamnation pécuniaire. Ell en avait raté la naissance, comme toujours, mais elle tenait bon, s’inscrivant à quelques sites, quelques forums, quelques fenêtres qui lui permettaient d’entretenir la distance nécessaire à l’oubli de son propre corps et de ses besoins jamais assouvis en en créant d’autres.
El en a le double quand elle en prend clairement conscience, cet âge où on se demande si on tiendra les cinq ans. Plus de crédit à cet âge-là, il est temps de grandir un peu. Et pourtant, el{[((l)l)e]s} tourn-ent !?!…
Incompréhensible pour le moins, quoi d’autre ? mystique ? elle en rirait si et seulement si le rire pouvait enfin la libérer de l’espoir de liberté. Si le rire était une clef, il lui restait à trouver la serrure dans laquelle l’insérer.